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Le sport par Jean-paul II

Finale de la ligue des champions, Roland Garros . Une fin de semaine sportive, s’il en est ! D’aucuns peuvent en profiter pour vilipender le sport « business » et rapprocher notre époque de la Rome du Panem et Circenses . Nous, nous saisirons cette occasion pour relire Saint Jean-Paul II, l’athlète de Dieu, et ce qu’il disait à l’occasion du jubilé des sportifs le 28 octobre 2000 :

«Le sport revêt aujourd’hui une grande importance, car il peut favoriser chez les jeunes l’affirmation de valeurs importantes telles que la loyauté, la persévérance l’amitié, le partage la solidarité. C’est précisément pour ce motif que, ces dernières années, il s’est toujours davantage développé comme l’un des phénomènes typiques de la modernité presque un « signe des temps » capable d’interpréter de nouvelles exigences et de nouvelles attentes de l’humanité. »(Jean-Paul II , homélie pour le jubilé des sportifs ,28 octobre 2000)

Le sport est avant tout «un don de Dieu», dans lequel «l’homme exerce le corps, l’intelligence, la volonté, en reconnaissant dans ces capacités tout autant de dons de son Créateur».Tout l’enseignement de Jean-Paul II sur le sport découle de cette constatation. Le sport est un don gratuit de Dieu à l’humanité, il ne doit donc pas l’amener à se détourner de son Créateur, mais bien plutôt I’inciter à Lui rendre grâce. La définition plus précise du sport comporte deux aspects: sur un plan purement individuel, le sport est une activité de l’homme visant à son développement plein et entier, mais il favorise également des relations sociales plus fraternelles. « Les potentialités du phénomène sportif en font un instrument significatif pour le développement global de la personne et un facteur plus que jamais utile pour l’édification d’une société davantage à mesure de l’homme».

En faisant du sport, l’homme fait fructifier les talents que Dieu lui a donnés. II fortifie son corps tout d’abord. La chair comme l’âme est appelée à la résurrection, et il ne faut pas négliger ce corps qui nous a été donné par Dieu. L’homme y exerce également son intelligence et sa volonté. Il y apprend l’esprit d’équipe, le respect et la reconnaissance des qualités d’autrui, l’honnêteté dans le jeu. Le sport favorise également l’humilité, et la prise de conscience de ses propres limites, la modération et l’éducation au renoncement. «Telle est la logique du sport, en particulier du sport olympique; et telle est aussi la logique de la vie: sans sacrifices, on n’obtient pas de résultats importants, ni d’authentiques satisfactions». La pratique du sport éduque donc en se calquant sur la logique de la vie: il s’agit de ne pas renâcler devant l’effort, et de savoir faire des sacrifices, pour parvenir au but que l’on s’est fixé, ou qui nous est donné. La nécessite de cette éducation au sacrifice est particulièrement flagrante en ce qui concerne les sportifs de haut niveau, mais «le sport est un phénomène qui concerne tant les sportifs de haut niveau, leurs équipes et leurs supporters, que des cercles sociaux plus modestes, comme de nombreuses familles, des jeunes et des enfants ». (…)

« Le sens de la fraternité, la magnanimité, l’honnêteté et le respect du corps – vertus sans aucun doute indispensables à tout bon athlète- contribuent à l’édification d’une société civile, où l’antagonisme laisse place à l’esprit sportif, où l’on préfère la rencontre à l’affrontement et la confrontation loyale à l’opposition hostile. Compris de cette façon, le sport s’est pas un but, mais un moyen; il peut devenir un véhicule de civilisation et de saine détente, en incitant la personne à mettre en jeu le meilleur de soi et à fuir ce qui peut être dangereux ou porter gravement atteinte à soi-même ou aux autres».

L’esprit sportif est aussi sain pour une vie en société que, physiquement, la pratique sportive l’est pour le corps humain. Une compétition loyale permet de désamorcer d’éventuels conflits en fournissant un exutoire aux rivalités, et la pratique d’un sport peut se révéler un dérivatif salvateur pour qui a succombé aux tentations autodestructrices de l’alcool, la drogue, la délinquance…

Tout un code moral, sans référent religieux, est attaché à la pratique loyale d’un sport, et le plus souvent se communique aux autres aspects de la vie de ceux qui pratiquent ce sport. «Le sport est certainement l’un des phénomènes importants qui, à travers un langage compréhensible à tous, peut communiquer des valeurs très profondes. Il peut être le véhicule de valeurs humaines et spirituelles élevées lorsqu’il est pratiqué dans le plein respect des règles; mais il peut également manquer son but authentique lorsqu’il laisse place à d’autres intérêts, qui ignorent le caractère central de la personne humaine».

Comme tous les dons faits par Dieu à l’homme, le sport peut être utilisé à contre emploi. (…) Martyriser son corps pour atteindre un objectif sportif, ou bien encore pratiquer le sport à outrance en vue de respecter certains canons de beauté physique, est contraire finalement au véritable développement de la personne. De la même façon, une volonté de gagner à tout prix, qui conduit le sportif et son entourage à une agressivité exacerbée, ne saurait aller dans le sens de « la joie de vivre » de la personne. (…). «Étant donné qu’il s’agit d’une activité humaine qui concerne tant de personnes, il ne faut pas être surpris du fait qu’en dépit de la noblesse des objectifs déclarés, des abus et des déviations s’y insinuent dans de nombreux cas. Il ne faut pas non plus ignorer le mercantilisme exacerbé, l’esprit agressif de compétition, la violence contre les personnes ou les choses…»

Enfin, il est bien sûr important que le sport n’entre pas en compétition avec la vie spirituelle et sacramentelle du chrétien..(…) « Les exigences d’une détente juste et méritée ne peuvent cependant pas exister au détriment de l’obligation du fidèle de sanctifier le jour de fête. Au contraire, le jour du Seigneur, l’activité sportive doit être insérée dans un contexte de détente sereine, qui encourage le fait d’être ensemble et de croitre dans la communion, en particulier familiale». (Extrait de l’article de Florence Caquelard , dans Permanences N°431, de juin 2006).